1. Quelles sont les difficultés majeures que vous avez rencontrées au cours de cette première année de gestion ?
Une année nous semble peu pour parler de bilan, nous tenterons tout de même de faire le point sur les actions entreprises durant ces 12 mois. Nous avons démarré par un diagnostic approfondi de la structure, sur le plan institutionnel, sur le plan organisationnel mais aussi et surtout des ressources.
Le constat principal, nous avons hérité d’une structure endettée avec une organisation peu optimale et qui s’est éloignée de sa mission principale d’entretien du réseau routier. C’est fort de cette évaluation qu’un plan d’actions a été mis en place. Il comporte des actions sur le court terme et d’autres sur le moyen et long terme.
En résumé, pendant ces derniers mois nous avons surtout été dans le Jubanti :
- Jubbanti sur l’orientation des activités en se recentrant sur nos missions et sortir progressivement de l’opérationnel dont un fonds par essence n’a pas vocation
- Jubbanti en faisant comme priorité le paiement des arriérés aussi bien des agents de désensablement que des entreprises : plus de 10 milliards FCFA et plus de 840 millions de F CFA respectivement en 2024 et 2025 pour les agents de désensablement
- La soumission au Conseil d’Administration et l’adoption d’un nouvel organigramme plus adapté aux missions du FERA
- L’optimisation des ressources avec la rationalisation des dépenses de fonctionnement et de personnel notamment.
- Le retour à l’orthodoxie dans la répartition des ressources basé surtout sur le respect du principe de la sincérité budgétaire
- L’évaluation des conventions de financement, la Signature de nouvelles conventions sera désormais assujettie à la disponibilité de crédits budgétaires suffisants
Je l’ai un peu évoqué dans le diagnostic, la difficulté majeure réside dans l’insuffisance des ressources face à des besoins de financement énormes. A ce jour, la moitié du besoin d’entretien n’est pas couvert, et le rythme des investissements ne cessent de croître. Pour préserver ces derniers et le patrimoine routier, il faut des mesures urgentes.
Il convient de noter que le FERA faisait partie des premiers fonds en Afrique et parmi les plus performants, mais au fil des années il a connu une régression en revenant au statut de fonds de 1ère génération caractérisé par un mode de financement exclusivement basé sur des allocations budgétaires de l’Etat.
2. Pouvez – vous nous dire les leviers identifiés par la Direction générale afin de remplir correctement les missions du FERA ?
Il est urgent de revenir aux textes en mettant à la disposition du FERA la taxe d’usage de la route (TUR) qui a été instituée exclusivement pour le financement de l’entretien routier mais qui depuis 2019 a été rapatrié dans les caisses de l’Etat.
- Pour finir, nous travaillons à l’élargissement et à la diversification des sources de financement et leur mobilisation effective pour rendre le fonds plus autonome et plus à même d’assurer ses missions.
- Nous visons également une réforme du statut juridique pour une meilleure adéquation du fonds avec ses missions, et surtout en faire un fonds de troisième génération.
- Enfin, le cadrage des interventions du FERA en lien avec les missions qui lui sont assignées.
3. Comment se présente le niveau d’entretien routier au Sénégal ?
L’État du Sénégal, grâce à des investissements importants, a réalisé d’importantes routes, autoroutes, ponts et pistes de désenclavement.
Cette amélioration significative du réseau routier classé a favorisé un taux des routes revêtues en bon état qui été estimé à 84 % en 2022. Mais ce taux a chuté à 79 % en 2024 du fait du défaut de mobilisation de ressources pour l’entretien routier durant les trois dernières années.
4. Quelles sont les Perspectives de l’entretien routier au Sénégal ?
Notre défi majeur est d’inverser cette tendance de régression et conserver au moins le niveau de service en attendant de disposer de plus de ressources sécurisées pour assurer le besoin d’entretien en tout temps et sur tout le territoire.
Faire du FERA un fonds de 3ème génération, marquée par l’autonomie financière et une grande capacité de mobilisation pour assurer l’entretien du réseau routier sénégalais.
Pour se faire, nous avons initié :
- Elaboration d’un nouveau plan stratégique de développement en l’alignant avec le nouveau référentiel Sénégal 2050
- Mise à jour de l’ensemble des documents de gouvernance (Cartographie des risques, manuels de procédures, règlement intérieur, contrat de performance) et amélioration de la stratégie de gouvernance
- Prise en charge des arriérés de paiement et reprise du Programme d’entretien routier annuel (PERA)
- Une Etude de synthèse financée par la Banque Mondiale pour l’actualisation du diagnostic global et l’identification des contraintes persistantes en vue de proposer des solutions opérantes et pérennes au financement de l’entretien routier.
5. Vous êtes élue Présidente du Groupe Focal de l’Afrique de l’Ouest (GFAO), une entité de l’Association des Fonds d’Entretien Routier Africains (AFERA). Pouvez-vous revenir sur cet évènement et cette élection ainsi que sur la manière dont vous comptez mener votre mandat ?
Je rappelle que le GFAO est une plateforme régionale qui regroupe les Fonds d’Entretien Routier (FER) des pays de l’Afrique de l’ouest et un sous-groupe de l’Association des fonds d’entretien routier africains (AFERA). L’association joue un rôle essentiel dans le renforcement des politiques d’entretien des infrastructures routières, la mobilisation de financements et l’amélioration des stratégies de gouvernance du secteur.
C’est dans ce cadre que le FERA a organisé, sous la Présidence de Monsieur Yankoba DIEME, Ministre des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens, du Sénégal, la 13ème Assemblée Générale du Groupe Focal de l’Afrique de l’Ouest des Fonds d’Entretien Routier (GFAO). C’était un événement d’envergure internationale qui s’est tenu en Avril 2025 pendant trois jours et a réuni les principaux acteurs du financement et de la gestion des infrastructures routières en Afrique de l’Ouest.
Cette édition, placée sous le thème « L’innovation dans la gestion des fonds d’entretien routier : vers des solutions durables », a permis de nourrir des échanges riches autour de la modernisation des outils de gestion, du financement durable des infrastructures, et de la coopération régionale renforcée.
Au terme des travaux, le Sénégal a été porté à la tête du GFAO, à travers mon élection à la présidence du Groupe Focal de l’Afrique de l’Ouest (GFAO) de l’AFERA, pour un mandat de deux ans. Ce choix, issu d’un vote entre les candidatures de quatre pays, consacre la reconnaissance du rôle moteur du Sénégal dans le secteur de l’entretien routier.
Je mesure pleinement la responsabilité que représente cette confiance, et je m’engage à incarner, avec rigueur et engagement, cette mission régionale au service de nos ambitions communes.